lundi 19 mai 2008

Stockholm Syndrome



Suspendue entre ciel et terre, entre amour et haine, attirance et répulsion, quand les murs qui m'entourent se mettent à tourner, m'entraînant dans leur danse folle, je prends conscience de l'état d'égarement dans lequel je suis. Ce sont tous mes repères qui s'en sont allés en même temps que se désagrégeait le rêve qui m'avait portée. Un rêve, rien de plus, rien de moins. Un rêve embelli dont j'avais fini par laisser volontairement dans l'ombre les éléments discordants. Un rêve, cela se doit d'être beau. Le mien ne pouvait manquer à la règle, même s'il fallait pour cela que je le modelasse de mes propres mains et que je le porte à la force de mes seuls bras.

Aujourd'hui, c'est l'âme plus perdue encore qu'avant qu'assise sur le rebord de la fenêtre, les pieds dans le vide, je contemple l'horizon. Le sentiment de liberté qui m'envahit est à la fois déconcertant et régénérant après ces jours passés dans l'impuissance. Car malgré ma volonté et le désir, le besoin qui me rongent, le déroulement du jeu n'est plus maintenant de mon ressort. Les cartes ne sont plus entre mes mains, j'ai perdu la partie. Le coeur s'oppose à la raison qui scande à qui veut l'entendre que les choses sont mieux ainsi, il hurle, il se débat. En vain...

Acculée au mur, sans issue de secours, je ne sais plus que penser. Ces mots prononcés à travers les larmes et auquels j'avais cru me semblent par trop insipides à présent. Il y était question d'aide. Je n'y vois qu'une pierre attachée à mon cou qui me tire inexorablement vers le bas, volontairement ou pas. Pourtant, cette pierre, je la veux. Je veux la porter, la traîner derrière moi jusqu'à ce qu'elle me brise. Car elle est tout ce qu'il me reste. Elle est ce qui me rattache au sol et qui me tue à la fois, ce qui me fait rire et pleurer, ce qui me fait haïr et pardonner, aimer et détester. Elle est mon coeur et mon âme, fusionnés en un seul et même fardeau. Elle est ce qui perdure quand tout le reste est à l'eau.

Le vent se lève et souffle jusqu'à moi les feuilles mortes du saule qui m'enserrent et tourbillonnent. Les nuages crèvent et déversent leurs eaux sur moi, comme pour laver sur mes joues les traces de ma propre pluie. Les éléments se déchaînent, faisant écho à la tempête qui se livre en mes pensées. Je reste là, sous la pluie, les gouttes ruisselant sur mon visage et mes cheveux.Je reste là à écouter le vent qui hurle dans les arbres. Je reste là, simplement, et je comprends.
Comme la pluie, comme le vent, un jour, ça passera.
Tout n'est qu'une histoire de temps...


Picture by Will

'Til The End


Assise sur mon matelas, le dos appuyé contre deux oreillers, un bloc de feuilles sur les jambes et la main armée de mon fidèle et traditionnel porte-mine, ce n'est pas l'envie ce soir qui me pousse à écrire. Je n'ai envie de rien, comme c'est devenu une habitude ces jours-ci. Envie de ne rien faire, envie de ne rien voir, de ne rien entendre, de ne rien dire. Seul est présent l'attrait du sommeil, cet état de léthargie que rien ne peut égaler : dormir, ne penser à rien, ne se souvenir de rien, juste laisser les secondes, les heures, les jours s'écouler et tout oublier.
Ce serait tellement plus facile...

Non, je n'ai pas envie d'écrire. Et pourtant j'écris. Je sais que j'en ai besoin, besoin de me délester de ce poids accumulé et de me réfugier dans ma bulle, besoin de me confier sans peur d'être jugée et essayer de me sentir mieux. Quand, dans dix minutes, une demi-heure, une heure, mon crayon aura retrouvé sa place sur le bureau, quand mes yeux auront parcouru les lignes composées et les auront approuvées, je sais que cela ira déjà un peu mieux, que cela m'aura aidée, comme m'aident les deux gélules qui attendent à côté de la bouteille d'eau.
J'en ai besoin.

La semaine écoulée m'a laissée plus éreintée que je ne l'étais à son commencement. J'étouffe un peu plus chaque jour sous ce masque que je m'oblige à porter pour garder un peu de dignité. C'est la règle en société. Vivre chaque jour est devenu ma plus grande peine, mon châtiment pour avoir trop cru, trop espéré. C'est devenu mon calvaire. Et les rayons de soleil qui éclairent mon paysage de temps en temps, bien que puissants, ne parviennent pas à garder éloignés les sombres nuages qui peuplent mon ciel. C'est mon histoire, bouleversée par les événements, que je vois s'écailler sous mes pieds à chaque pas que je parviens péniblement à effectuer. C'est mon avenir qui, jour après jour, devient de plus en plus brouillé.

Et pourtant il faut continuer d'avancer, comme on nous l'a toujours dit, comme on l'a toujours fait. Seules, peut-être, les raisons ont changé. Il en est fini de l'espoir, de la confiance en demain et de l'espérance d'une vie meilleure. J'ai appris qu'il n'était pas bon d'avoir confiance en autrui, on ne m'y reprendra plus. J'avance, certes, mais plus forte et plus blessée de cet apprentissage, plus faible et désarmée de toujours résister. Je me traîne, je poursuis ma route, laissant derrière moi mes bourreaux et les larmes qu'ils m'ont arrachées. Affrontant de face cette nouvelle épreuve, je poursuis mon chemin dans l'attente d'un nouveau coup, d'une nouvelle claque.
Jusqu'à la fin...

vendredi 16 mai 2008

Under the light


A ceux qui voient ce qu'ils veulent voir,
A ceux qui entendent ce qu'ils veulent entendre,
A ceux qui croient en ce qu'ils veulent croire,
Et à ceux qui savent vraiment...

La lumière doucement s'éteint. L'obscurité a dépassé les frontières qu'elle avait jusque là respectées, elle s'étend, gagne du terrain, m'enfermant de plus en plus dans ce cocon que je me suis créé. Elle me menace, mais je ne la crainds. La peur a quitté mon vocabulaire, la perte est devenue insignifiante et, jour après jour, le détachement s'empare de moi. Les mains qui se tendent glissent sous mes doigts, me griffant au passage. Les branches auxquelles je me raccroche cassent sous mon emprise, m'enfonçant leurs épines dans la peau. Le sol sur lequel je tombe se dérobe sous moi, prolongeant ma chute. Plus bas, toujours plus bas.

Les images défilent sous mes yeux, images cent fois vues et revues, cent fois analysées, examinées. Je sais. Les preuves se succèdent les unes aux autres, chacune renfermant sa part de doute et de vérité, d'incertitude et d'authenticité, chacune comportant une faille par laquelle l'espoir peut s'infiltrer. Pourtant je sais. Les trahisons dansent devant mes yeux brouillés, symboles d'une confiance accordée à tort. Les déceptions les suivent de près, entourées des mensonges qui les encerclent en une ronde effrénée. Oui, je sais. J'ai vu ce que je ne voulais voir. J'ai entendu ce que je ne voulais entendre. Je sais maintenant ce que je ne voulais savoir.

Il me torture ce savoir, il m'affaiblit, me coupe en deux aussi sûrement que la hache d'un bourreau. Je sais sans vouloir y croire, je sais sans vraiment savoir. Le voile que j'apposais à mes yeux tombe doucement, le rideau se lève et dévoile... quoi? Je ferme les yeux, je ne regarde pas. Je me bouche les oreilles, je n'écoute pas. Pourtant, je sais déjà.
Comprendra ce que comprendra qui voudra.


Picture by Will

Froid. Vide. Seul.


Froid. Je ne ressens plus que le froid. Ce froid mordant qui m'enserre et me fait me renfermer, me recroqueviller sur moi-même. J'ai si froid. Se coucher sur le flanc, ramener ses jambes contre soi, ne pas faire attention à la dureté du sol en dessous de moi, à cette pierre saillante contre laquelle j'écrase mon genou. Ne pas faire attention, juste se recroqueviller, laisser le moins d'emprise possible au vent. Vent? Quel vent? Les bâches autour de moi me protègent du vent. Je l'entends siffler quand il passe entre les cloisons, je le sens taper, buter contre mon refuge. Il n'y a pas de vent. Ce n'est que le souffle de l'angoisse. Ils m'entourent. Le froid, l'angoisse. Ils sont autour de moi. Non. Ils sont en moi.

J'ouvre les yeux. Il fait si sombre. Attendre un peu, juste le temps de s'habituer à l'obscurité. Rien. Il n'y a rien. Je suis seule. Je le savais. C'est seule que je suis arrivée ici. J'étais déjà seule à parcourir cette longue étendue de terre jusqu'à mon refuge. Oui, c'est ça. Je les avais laissés sur le banc, au bord de l'eau. Non. Là aussi j'étais seule. J'étais seule quand nous marchions sur le pont, seule quand nous errions le long des quais. J'étais déjà seule. J'étais toujours seule. Seulement hantée par le froid, l'angoisse et le doute au fond de moi.

Seul. Je répète ce mot, je le murmure à l'obscurité qui m'entoure, tout bas, comme pour ne pas réveiller le vide. Le vide, mais quel vide? Je tends la main et touche ma joue, mon nez, ma bouche. Je touche la toile tendue au-dessus de moi, celle à ma gauche, celle à ma droite. Je touche ce pull trop grand pour moi et impuissant à me protéger du froid. Mon pull... Où est mon pull? Là-bas, sur le banc, au bord de l'eau. Il est là-bas. Il est avec eux. Avec eux qui... Qui font quoi? Non, ne pas penser à ça. Arrivera ce qui arrivera. Je serre mes bras plus fort encore autour de moi, comme pour m'enlacer, me protéger. Un crayon! Je veux un crayon! Mais seul le "bip" imperceptible des touches peut tenter de m'aider. Tiens, lui aussi il est seul. Non, il se mêle aux battements du tambour au loin. Il me berce.

Je referme les yeux, pose ma tête sur la pierre froide. Tout est si vague. Je ne sais plus rien. Les bruits du tambour s'espacent au loin, si proches et pourtant si distants. J'ai froid, je ne sais plus que ça. Froid. Vide. Seul. Je répète ces mots comme pour les exorciser, je les souffle doucement. Froid. Vide. Seul. Je les murmure, encore et encore jusqu'à en oublier le sens. Froid. Vide. Seul. Et ces battements de tambour qui s'éloignent encore. Froid. Vide. Seul. Je sens le vide autour de moi, je sens le vide en moi. Froid. Vide. Seul.
Tout est si vague.


Picture by Will

Au bout du chemin



En ces moments d'abattement qui m'assaillent parfois, mélange de colère et de tristesse sans que l'un ne l'emporte sur l'autre; en ces moments où les ombres se rapprochent, m'enserrant dans ma bulle jusqu'à m'y emprisonner, jusqu'à doucement s'y infiltrer; en ces moments où, pour préserver l'instant et sauver ce qui peut l'être, l'isolement devient bien plus un besoin qu'un choix, une petite voix dans ma tête me parle tout bas :
"Crois-tu qu'un jour il comprendra?"

En ces moments, le doute, insidieusement, s'installe en moi. Un doute grandissant qui doucement englobe le reste, tout ce qui constituait ma force et ma lumière auparavant. Elle semble alors bien fragile cette flamme, elle vascille, hésitante, pour finalement montrer à tous son étonnante solidité, pour rapporter l'espoir échappé, tenter de vaincre l'obscurité. Mais ce n'est que partie remise, et la petite voix dans ma tête me rappelle tout bas :
"Crois-tu qu'un jour il comprendra?"

On le savait depuis le début. Les règles du jeu étaient fixées, depuis longtemps élaborées. Le temps dévoila les clauses cachées, celles auxquelles on ne s'attendait pas, celles que l'on ne voulait pas. Mais on s'adapte, on vit avec, on essaie de se persuader soi-même que oui, on y arrivera, oui, on surmontera ça. Le temps passe et change le passé, change le présent, dévoile l'avenir, dévoile surtout nos faiblesses et nos volontés écroulées. Alors on fixe une échéance, on doute de l'autre, on doute de soi : "Il la tiendra, il l'évitera? Je tiendrai bon, je ne tiendrai pas?" Un choix à prendre... Et après ça? Mais cette petite voix dans ma tête m'interpelle tout bas :
"Crois-tu qu'un jour tu comprendras?"

Deux positions différentes, deux convictions opposées, chacun ses adjuvants et ses espoirs cachés, quand deux mondes opposés essaient de fusionner les choix qui en découlent ne sont jamais aisés. On essaie, on avance, on rebrousse chemin, on se heurte aux rochers venus aider l'un, on n'en continue pas moins d'avancer, on laisse l'histoire recommencer.
Et au bout du chemin, qu'est-ce qu'on trouvera? Au bout du chemin, quels seront nos choix?Mais la petite voix est là et se demande tout haut ce que je pense tout bas
"Est-ce qu'un des deux y parviendra?"



Picture by Will

Go down from your cloud, dreams can't last forever


Rien ne dure toujours, je l'ai appris ce matin.
Les amis d'aujourd'hui seront les inconnus de demain.
Rien ne dure toujours, je m'en suis rendu compte.
Il faudra bien qu'il se termine un jour ce conte.


Je sais que ma force d'espérer et mon optimisme nouveau n'y pourront rien. Le temps qui passe efface tout et change jusqu'à ce à quoi on tient le plus. Ce même temps dont on dit qu'il peut bien des choses, qu'il fait réfléchir et arrange presque tout, ce temps détruit aussi ce qui nous est le plus cher. Quoi qu'on y fasse, quoi qu'on en dise, c'est impuissants qu'on assiste petit à petit à la destruction de nos rêves éveillés. Une nouvelle ère commence alors, une ère dont on espère qu'elle sera au moins aussi belle que la précédente, que ce temps auquel on tenait tant ne sera pas totalement révolu.
Mais qui peut le dire avec certitude? Qui peut se retourner sur son passé et affirmer sans se tromper que non, rien n'a changé?


Je sais que je ne peux rien y faire. Je sais qu'il en est toujours ainsi. Ca devait arriver. Mais cette fois, j'y croyais. Je m'y suis accrochée comme on s'accroche à une branche pour ne pas tomber. Cette fois, c'était différent. Un feeling, un sentiment fait de moments hors du temps, où le reste n'a pas d'importance, où on perd toute notion du temps et où, pour une fois, on se sent vrai, on se sent soi. Je croyais que ça pouvait durer. C'est insensé, je sais. Mais j'y croyais.
Et en fin de compte, je me trompais. Est-ce la faute du temps? Est-ce dû à un événement? Comment le saurais-je? Est-ce moi? Est-ce lui? Est-ce un peu des deux? J'aimerais tant y voir clair. Mais ma vision est trouble et par trop subjective. Je ne peux que penser et m'interroger, pour changer. Je ne peux qu'essayer de comprendre, pour autant qu'il y ait quelque chose à comprendre au destin.


Et pourtant, je sais au fond de moi qu'un jour, ça recommencera.
Certaines choses sont trop belles pour s'arrêter comme ça. Ca se reproduira. Je ne sais pas quand, mais j'ai cette certitude, comme un sixième sens, qui me fait continuer à y croire. Je le sais, j'en suis sûre. C'est pour ça que j'attendrai. J'attendrai le temps qu'il faudra mais j'attendrai. J'attendrai ce jour, j'attendrai ce moment, j'attendrai cette phrase, j'attendrai ces mots:


"Alors, quand est-ce que tu viens à Liège?"



Picture by Will

Juste un besoin d'écrire...


J'ai juste besoin d'écrire pour exprimer ce que je ressens, juste besoin d'écrire en espérant faire disparaître ce poids en moi. Les mots ont ce pouvoir de faire oublier tout le reste, tout ce qui n'est pas le bruit rassurant de mes doigts tapant sur les touches du clavier, le glissement de mon crayon qui balaie la surface de ma feuille de papier, et le silence apaisant qu'ils viennent troubler. Ecrire sur qui, écrire sur quoi? Aucune idée, mais ça viendra! Ce soir c'est carte blanche à mon inconscient, les idées s'écriront au fur et à mesure qu'elles viendront. Juste pour le plaisir d'écrire.

Certains diront : "un texte pour rien". Oui. Mais pas pour moi. Seuls ceux qui ont l'habitude de prendre la plume peuvent comprendre cette sensation qui m'envahit quand les mots passent de mon esprit sur l'écran, ce sentiment d'être hors du monde, hors du temps et de se libérer d'un poids à mesure que les mots se succèdent. Le temps s'arrête, le monde retient son souffle et pendant quelques minutes, quelques heures, tout ce qui n'est pas le texte en composition est inexistant à nos yeux. C'est cette sensation que je recherche, bien plus que le résultat en lui-même. Comprendra qui pourra...

J'ai besoin de ces moments, quand la pression est trop forte et la vie trop compliquée. J'ai besoin de me réfugier dans cette seconde bulle qu'on appelle communément un blog et de passer une heure, deux heures ou même vingt minutes à ne plus penser et à ne plus essayer de comprendre. J'ai besoin de partager mes émotions, mes idées et mon quotidien avec qui voudra les lire, en espérant au fond de moi que mon texte le touchera, l'émouvra ou même, simplement, l'intéressera. J'ai besoin, simplement, de m'évader de cette réalité étouffante ou je me sens à l'étroit.

Moi, mon monde, c'est celui des rêves. Etrange? Peut-être. Mais tellement plus beau. Tellement idéaliste aussi, ce qui ne manque de décevoir. Tant d'illusions et de rêves brisés ont parsemé mon chemin. Mais qu'importe. L'espoir est ma plus grande force et je continuerai à croire. Croire en quelqu'un, croire en demain, croire, la plupart du temps, en vain...
Mais ça y est. Le temps s'est remis en marche, la Terre recommence à tourner. La fin approche. Les mots, ce soir, m'ont guidée jusqu'ici. Ils ne m'emmèneront pas plus loin. La réalité reprend ses droits et ma bulle disparaît, prête à revenir au moindre appel pour m'emmener, une fois de plus, loin de la réalité...