Le temps passe. Nul besoin d'être savant pour s'en rendre compte. Tout le monde le dit, tout le monde le sait. C'est un fait anodin que, bien souvent, on ne prend même plus la peine de remarquer. On dit "le temps passe" comme on parle de la météo. Une simple constatation, juste pour dire de meubler une conversation. Pas de quoi en faire un roman. Et pourtant, c'est sur le temps que je veux écrire aujourd'hui, c'est à son sujet que les mots me viennent et qu'il me faut apaiser mon esprit. Car s'il est une impression qui s'impose de plus en plus et qui me submerge actuellement, c'est bien la vitesse insoutenable du temps.
C'est maintenant une certitude : le temps passe vite.
Trop vite.
Il est paradoxal de se pencher sur cette vitesse temporelle sous certains rapports. Car si les heures semblent ne jamais devoir passer, les journées et les semaines, elles, ne durent qu'une seconde, s'achevant avant même qu'on ne se soit rendu compte qu'elles ont commencé. A peine a-t-on le temps de réaliser que le week-end est terminé que, déjà, un autre commence. Agréable, me direz-vous. Sans doute. Et pourtant, ce phénomène, bien plus que me réjouir, me déstabilise. Je vois les jours, les mois me filer entre les doigts sans parvenir à en capturer l'essence, sans en déterminer la raison d'être. Les jours succèdent aux jours, établissant une routine coupée ci et là par de brèves étincelles, ni plus ni moins que des faux semblants destinés à donner l'impression, un court instant, que notre existence a pris un tournant. Parfois, cela s'avère être le cas. La plupart du temps, ce n'est qu'une réminiscence, juste le temps de vivre autre chose avant de replonger dans le moule de l'humanité.
Et pourtant, face à ce temps qui passe sans que le monde ne change, j'en viens à m'interroger. Alors c'est ça la vie? Une succession de chemins tracés, un éternel recommencement sur fond de nouveauté? Des années dépourvues de sens en somme, sinon celui qu'a l'existence d'un pion sur un plateau de jeu..
Je veux plus que cela. Je veux pouvoir me retourner dans vingt, trente ans et me dire que oui, j'ai vécu, j'ai vécu ma vie telle que je la désirais, avec des éléments discordants, mais avec une harmonie d'ensemble et le sentiment de n'avoir rien raté. Je veux pouvoir contempler mon passé sans regrets, sans le désir d'y changer quelque chose. C'est idyllique, certes, impossible sûrement, mais je veux m'approcher de cet idéal jusqu'à le toucher du bout du doigt et comprendre que je n'ai pas fait que survivre dans l'attente de la fin. Je veux ce dont rêve tout un chacun. Je veux vivre avec un grand V.
Certains renoncent après quelques foulées, trop peu téméraires ou trop incertains. D'autres se perdent en chemin. Ténue est la frontière entre remord et regret. La voie que je suivrai reste à déterminer. Seules les pensées m'habitent à présent, les pensées et la conviction que la vie ne se résume pas qu'à cela. Avec toute l'innocence et l'inconscience des maigres années que je traîne derrière moi, j'ose espérer pouvoir vivre cette vie à laquelle j'aspire.
Un rêve de plus en somme. Sans doute.
Reste maintenant à déterminer l'avenir qui l'attend.
Picture by Elisa Lazo de Valdez