
J'ai été la première à décompter les jours jusqu'à ce moment. Dès le début, je n'ai visé que la fin, l'accomplissement de ces six années qui me semblaient interminables. Jour après jour, semaine après semaine, seuls ces traits quotidiens sur mon calendrier me donnaient la force de tenir encore. Une case barrée pour un jour de passé, c'était toujours un coup de fouet au moral, le signe tangible que le temps passait et que l'attente diminuait. Et puis il y a eu ce matin, ce moment où, assis en cercle, chacun s'est regardé et a pensé : "Ca y est, aujourd'hui, c'est le dernier jour".
Je n'aurais jamais pensé que cela me ferait autant d'effet. Je n'aurais jamais pensé que cela me toucherait autant. Et pourtant, il faut reconnaître ce qui est. A mesure que les derniers cours se succèdent, je prends soudain conscience que le moment que j'attendais tant est enfin arrivé. Dernier cours de math, dernier temps de midi, dernier jour de cours.. Chacun se réjouit et redoute à la fois ce moment où il faudra définitivement tourner la page sur cette partie majeure de notre vie. Les professeurs y vont de leur speech, tantôt émus de voir partir leurs premiers élèves, tantôt attristés de perdre cette classe avec laquelle ils avaient noué des affinités, tantôt secrètement ravi d'enfin se débarrasser de cette bande de fouteurs de merde. Tous, sans exception, vous font sentir que ça y est, c'est la fin.
Et moi aussi, je la sens cette fin, je la vis, je la savoure. Après l'avoir tant attendue, ma patience et mes efforts sont enfin récompensés. Ca y est, c'est fini. Et pourtant, alors qu'assise au centre de cette classe j'observe les gens qui m'entourent, je prends conscience que, pour la plupart, je les observe pour la dernière fois. J'effleure du regard les gens qui m'entourent, ces amis en train de rire, cette prof aux yeux rougis, ces visages 100 et 100 fois revus, et en moi-même, je souris.
A la fin de toutes choses, je prends enfin conscience que oui, peut-être, ça va me manquer.
Picture by Céline