samedi 19 mars 2011
Happy birthday, asshole!
"Papa s'en va".
Neuf ans après, ces mots me poursuivent encore, ils me hantent, telle une mort que l'on ne peut se résigner à oublier. Année après année, je revis ces jours maudits aussi clairement que si c'était hier. C'est comme un mauvais film dont, pourtant, on ne se lasse pas. On connaît la fin, on sait qu'on ne pourra la changer, mais on continue néanmoins à regarder, on continue à enfoncer un peu plus le poignard dans cette blessure qui ne s'est jamais vraiment refermée. Les images défilent sous mes yeux et je me retrouve happée par ce tourbillon infernal qui me ramène à cette maison, à cette cuisine, à ces mots. "Papa s'en va". C'est comme un mauvais film qui n'en finit pas. Non. C'est pire qu'un mauvais film. C'est ma vie.
Au fond de moi, la petite fille ne cesse de pleurer. J'ai beau l'enfouir sous des couches et des couches d'acier pour la faire taire, ses sanglots percent encore et toujours le silence que je tente d'imposer. Ses rêves et ses déceptions vivent en moi. Ils ne me quitteront probablement jamais. C'est comme un dédoublement de personnalité. Une partie de moi continue à avancer, soucieuse de laisser ces fantômes dans l'ombre, tandis que l'autre reste bloquée sur cette case, incapable de faire le moindre pas. Prise au piège, elle me tire vers le bas et, involontairement, me retient en arrière.
Lui n'a jamais eu ce problème. L'avenir ne l'a jamais effrayé. Il s'est contenté de tourner le dos au champ de bataille et, ignorant les cadavres qui le jonchaient, il est parti. Il a besoin d'avancer, comme il dit. Maintenant il essaie de se racheter. A coups de voyages et de cartes de crédit, il tente de reconstruire ce qu'il a détruit. Pauvre fou! Autant essayer de bâtir un palais sur des sables mouvants! Et pourtant il essaie, incapable de se rendre compte qu'il est déjà trop tard. Lassée d'attendre, j'ai jeté mes cartes: le jeu continuera sans moi. Je n'en ai cure. Lui ne me manque pas. C'est celui qu'il aurait dû être que je pleure.
"Papa s'en va".
Il y a neuf ans, ces mots ont, en décidant de mon sort, mis fin à mon enfance. Ils étaient secs, décidés, irrévocables. Ils évoquaient un choix dont personne n'avait mesuré l'ampleur des conséquences. Aujourd'hui seulement, je prends conscience de l'impact qu'ils ont eu, ont et continueront d'avoir sur ma vie. Avec ces quatre mots, il a exprimé sa décision. Qu'il le veuille ou non, il a fait son choix. J'ai fait le mien.
Alea jacta est.
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