22 avril, 6h30.
Ma mémoire des
dates ne faillira pas.
Un coup de fil
aux petites heures est rarement présage de bonnes nouvelles. Celui-ci ne dérogea
pas à la règle. Hier, la Terre s’est arrêtée de tourner. Les aiguilles se sont
figées, mon cœur s’est arrêté de battre. Comme le sien. J’entends ces mots
funestes, mais mon esprit ne peut les analyser. Error 404 : not found. Les larmes se mettent à couler, ma
respiration se saccade, mes doigts se crispent dans l’attente du retournement
final, cet happy ending qui jettera
une nouvelle lumière sur toute cette histoire. Mais la lumière, elle aussi, s’est
éteinte.
Dans la maison,
rien n’a changé. Son manteau est toujours accroché dans la penderie, ses
calepins s’empilent sur le bureau, son sac trône sur le coin de la table. Comme
si, d’un moment à l’autre, elle allait sortir de la cuisine, munie de son
tablier, le sourire aux lèvres. Cent fois j’ai vécu cette scène, et cent fois j’aurais
voulu la revivre. Mais elle n’est pas venue. Pourtant, j’ai toujours cette
impression en moi, cette intime conviction que les dés ne sont pas joués. Il
reste encore un tour de jeu, la partie n’est pas finie. Telle une mauvaise
série B, les scènes se succèdent, toutes plus irréelles les unes que les
autres. Une envie de hurler monte en moi, une pulsion qui me pousse à tout
détruire, tant pour m’apaiser que pour précipiter la fin du cauchemar, faire
disparaître les sanglots et les sourires condescendants et fuir cette mascarade
grotesque.
Hélas, le film
suit son cours et arrive le moment tant redouté. Une boîte. Juste une boîte,
qui suffit à elle-seule à mettre en relief toute l’horreur de la situation. C’est
elle, et pourtant elle n’est plus là. Derrière ses paupières fermées, ses yeux
ont perdu leur infinie douceur, ce regard qui, à lui seul, apaisait les pires
angoisses. Ses lèvres, à jamais fermées, n’esquisseront plus ce sourire
bienveillant, et ses bras, sagement croisés sur sa poitrine, ne me serreront
plus contre elle en une puissante étreinte. « Elle est partie pour un
monde meilleur », me dit-on. « Elle veillera sur nous de là-haut ».
Tant de lieux-communs impuissants à soulager ma peine. Elle ne pouvait pas
partir, pas déjà, pas elle. Dans ce monde de ténèbres, elle était ma lumière. Á
présent ne reste que l’obscurité. Alors, en attendant de comprendre qu’il n’y
aura pas de retournement final, je me berce des mots de W.H. Auden, qui
semblent partager ma douleur :
[She] was my North, my
South, my East and West,
My working week and my Sunday rest
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever, I was wrong.
The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun.
Pour away the ocean and sweep up the wood;
For nothing now can ever come to any good.
My working week and my Sunday rest
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever, I was wrong.
The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun.
Pour away the ocean and sweep up the wood;
For nothing now can ever come to any good.



