mardi 23 avril 2013

Don't they know it's the end of the world? It ended when you said goodbye.



22 avril, 6h30.
Ma mémoire des dates ne faillira pas.
Un coup de fil aux petites heures est rarement présage de bonnes nouvelles. Celui-ci ne dérogea pas à la règle. Hier, la Terre s’est arrêtée de tourner. Les aiguilles se sont figées, mon cœur s’est arrêté de battre. Comme le sien. J’entends ces mots funestes, mais mon esprit ne peut les analyser. Error 404 : not found. Les larmes se mettent à couler, ma respiration se saccade, mes doigts se crispent dans l’attente du retournement final, cet happy ending qui jettera une nouvelle lumière sur toute cette histoire. Mais la lumière, elle aussi, s’est éteinte.

Dans la maison, rien n’a changé. Son manteau est toujours accroché dans la penderie, ses calepins s’empilent sur le bureau, son sac trône sur le coin de la table. Comme si, d’un moment à l’autre, elle allait sortir de la cuisine, munie de son tablier, le sourire aux lèvres. Cent fois j’ai vécu cette scène, et cent fois j’aurais voulu la revivre. Mais elle n’est pas venue. Pourtant, j’ai toujours cette impression en moi, cette intime conviction que les dés ne sont pas joués. Il reste encore un tour de jeu, la partie n’est pas finie. Telle une mauvaise série B, les scènes se succèdent, toutes plus irréelles les unes que les autres. Une envie de hurler monte en moi, une pulsion qui me pousse à tout détruire, tant pour m’apaiser que pour précipiter la fin du cauchemar, faire disparaître les sanglots et les sourires condescendants et fuir cette mascarade grotesque.

Hélas, le film suit son cours et arrive le moment tant redouté. Une boîte. Juste une boîte, qui suffit à elle-seule à mettre en relief toute l’horreur de la situation. C’est elle, et pourtant elle n’est plus là. Derrière ses paupières fermées, ses yeux ont perdu leur infinie douceur, ce regard qui, à lui seul, apaisait les pires angoisses. Ses lèvres, à jamais fermées, n’esquisseront plus ce sourire bienveillant, et ses bras, sagement croisés sur sa poitrine, ne me serreront plus contre elle en une puissante étreinte. « Elle est partie pour un monde meilleur », me dit-on. « Elle veillera sur nous de là-haut ». Tant de lieux-communs impuissants à soulager ma peine. Elle ne pouvait pas partir, pas déjà, pas elle. Dans ce monde de ténèbres, elle était ma lumière. Á présent ne reste que l’obscurité. Alors, en attendant de comprendre qu’il n’y aura pas de retournement final, je me berce des mots de W.H. Auden, qui semblent partager ma douleur :

[She] was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever, I was wrong.

The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun.
Pour away the ocean and sweep up the wood;
For nothing now can ever come to any good.


samedi 19 mars 2011

Happy birthday, asshole!



"Papa s'en va".

Neuf ans après, ces mots me poursuivent encore, ils me hantent, telle une mort que l'on ne peut se résigner à oublier. Année après année, je revis ces jours maudits aussi clairement que si c'était hier. C'est comme un mauvais film dont, pourtant, on ne se lasse pas. On connaît la fin, on sait qu'on ne pourra la changer, mais on continue néanmoins à regarder, on continue à enfoncer un peu plus le poignard dans cette blessure qui ne s'est jamais vraiment refermée. Les images défilent sous mes yeux et je me retrouve happée par ce tourbillon infernal qui me ramène à cette maison, à cette cuisine, à ces mots. "Papa s'en va". C'est comme un mauvais film qui n'en finit pas. Non. C'est pire qu'un mauvais film. C'est ma vie.

Au fond de moi, la petite fille ne cesse de pleurer. J'ai beau l'enfouir sous des couches et des couches d'acier pour la faire taire, ses sanglots percent encore et toujours le silence que je tente d'imposer. Ses rêves et ses déceptions vivent en moi. Ils ne me quitteront probablement jamais. C'est comme un dédoublement de personnalité. Une partie de moi continue à avancer, soucieuse de laisser ces fantômes dans l'ombre, tandis que l'autre reste bloquée sur cette case, incapable de faire le moindre pas. Prise au piège, elle me tire vers le bas et, involontairement, me retient en arrière.

Lui n'a jamais eu ce problème. L'avenir ne l'a jamais effrayé. Il s'est contenté de tourner le dos au champ de bataille et, ignorant les cadavres qui le jonchaient, il est parti. Il a besoin d'avancer, comme il dit. Maintenant il essaie de se racheter. A coups de voyages et de cartes de crédit, il tente de reconstruire ce qu'il a détruit. Pauvre fou! Autant essayer de bâtir un palais sur des sables mouvants! Et pourtant il essaie, incapable de se rendre compte qu'il est déjà trop tard. Lassée d'attendre, j'ai jeté mes cartes: le jeu continuera sans moi. Je n'en ai cure. Lui ne me manque pas. C'est celui qu'il aurait dû être que je pleure.

"Papa s'en va".
Il y a neuf ans, ces mots ont, en décidant de mon sort, mis fin à mon enfance. Ils étaient secs, décidés, irrévocables. Ils évoquaient un choix dont personne n'avait mesuré l'ampleur des conséquences. Aujourd'hui seulement, je prends conscience de l'impact qu'ils ont eu, ont et continueront d'avoir sur ma vie. Avec ces quatre mots, il a exprimé sa décision. Qu'il le veuille ou non, il a fait son choix. J'ai fait le mien.
Alea jacta est.

jeudi 23 décembre 2010

So, what now?

Mille fois elle avait ressassé ce qu'elle allait lui dire. Ces mots avaient tourné et tourné dans sa tête, la torturant à lui en donner nausée. Elle les avait hurlés, tapant du poing contre la vitre, recourant à la douleur physique dans l'espoir qu'elle apaisera ce déchirement qu'elle ressentait au fond de ses entrailles. Mais là, à le voir en face d'elle, rien. Aucun son ne franchissait ses lèvres tandis qu'elle le regardait, impassible, comme détachée de la réalité. Oh, elle l'avait imaginé ce moment, elle l'avait vécu et revécu dans sa tête, chaque fois d'une manière différente. Mais jamais elle n'aurait cru ressentir ce calme, ce vide.

Ses yeux parcoururent la pièce, traversèrent la fenêtre pour observer la neige tomber au loin. Dans le parc, deux enfants faisaient une bataille de boules de neige, riant aux éclats et se pourchassant sous le regard attendri de leurs parents. Plus loin, les lumières de Noël illuminaient un couple de personnes âgées marchant précautionneusement sur la route verglacée, se soutenant l'un l'autre pour éviter le pire. Partout, la ville n'était que froid, magie et allégresse.

Elle sentit son regard peser sur elle et leva les yeux vers lui. Son visage, en attente d'une réponse, traduisait l'incertitude en même temps qu'une pointe d'inquiétude. Ils se regardèrent, chacun scrutant les traits de l'autre afin d'essayer de deviner ses pensées, ses regrets, ses espoirs. Puis, il brisa ce lien et, faisant un pas vers elle, la prit dans ses bras. Alors elle céda et s'abandonna à cette douce étreinte, laissant couler sur son épaule les larmes qu'elle avait trop longtemps retenues. Une fois encore...


Picture: Irving Penn

vendredi 5 mars 2010

Broken souls


La brume s'infiltra insidieusement à travers les brèches qui parsemaient le mur. Doucement, tout doucement, comme pour ne pas déranger ceux dont elle allait pourtant bouleverser l'existence. Ce ne furent d'abord que de fines volutes argentées qui, peu à peu, prirent de l'importance, au fur et à mesure que s'intensifiait l'angoisse et que s'ébréchaient les murailles, gardiennes silencieuses de tant de vestiges.

Assise sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu vers l'horizon, je la regardais gagner du terrain sans me soucier de l'agitation qui régnait quelques mètres plus bas. Chacun s'apprêtait à lutter comme il le pouvait contre ce nouveau fléau qui venait faire voler en éclats le calme qui avait été établi tant bien que mal au bout de nombreuses années. Pas moi. Agrippée aux grilles qui encadraient la fenêtre, j'étais comme hypnotisée par le spectacle qui se déroulait sous mes yeux : la brume avait déjà gagné la moitié du paysage, brouillant tout sur son passage. C'était comme de voir à travers des lunettes mal adaptées : je voyais les choses, je distinguais les objets, mais les contours étaient vagues et les formes imprécises. C'était comme une pâle copie de ce que j'avais connu, ni pire, ni meilleure. Juste différente.

Le voile grisâtre atteignit bientôt mes pieds et je me sentis envahir par un froid mordant, tel un poison qui se répand à travers les veines pour mieux arrêter le cœur. La peur s'insinua en moi et je tentai de crier, mais la brume était trop rapide et mes cris refusèrent de franchir mes lèvres. Prise de panique, je me raccrochai aux barreaux, les serrant à les broyer. "Pourvu que ce soit rapide", pensai-je.

Et soudain, une image traversa mon esprit. Un visage. Une odeur. Une étreinte. Les souvenirs affluèrent en moi en même temps que les battements de mon cœur s'accéléraient. Des vagues de chaleur affrontèrent le froid, me libérant peu à peu de l'engourdissement qui me retenait prisonnière. Alors, sans plus penser, je quittai la fenêtre et gravis le plus vite possible les étages qui me séparaient du sommet de la tour. Tâtonnant dans le brouillard, trébuchant plus d'une fois, je débouchai enfin sur la plateforme qui, plus haute que la brume, avait été épargnée. Je regardai le paysage en-dessous de moi : tout n'était que brouillard et volutes de fumée. La brume avait tout dévasté. Néanmoins, j'avais surmonté cette épreuve et, forte de cette victoire, je me fis la promesse de tout mettre en œuvre pour éradiquer à jamais ce fléau. Certes, je n'en connaissais pas le moyen. Qu'à cela ne tienne.
Je le trouverais.


Picture: Elisa Lazo de Valdez

samedi 29 août 2009

Stabbed



Elle détourna le regard précipitamment et fixa sans le voir le mur en face d'elle. Ses yeux, agrandis par la surprise et l'abattement, ne lui étaient plus d'aucune utilité. Seuls lui semblaient réels les battements de son cœur qui résonnaient en elle, amplifiés, cognant dans son estomac comme autant de coups de poing. Comme celui qu'elle venait de recevoir et qui lui coupait le souffle.
Elle passa la main dans ses cheveux et ferma les yeux, se concentrant sur sa respiration afin d'alléger le poids qu'elle sentait à présent peser sur sa poitrine. Quand elle les rouvrit, elle prit conscience des regards posés sur elle, certains inquiets, d'autres ne reflétant qu'une franche curiosité. Elle bredouilla quelques mots, alléguant la chaleur comme excuse, et sortit prendre l'air.


La rafale de vent qui la happa sitôt la porte fermée sembla la sortir quelque peu de sa torpeur. Elle inspira à pleins poumons une grande bouffée d'air et fit quelques pas. Elle s'était pourtant convaincue que cette histoire était révolue et ne reviendrait pas la hanter. Elle y avait consacré toutes ses forces et pensait en toute sincérité y être parvenue. Et puis elle avait vu.

Oh, comme elle avait essayé de ne pas y croire! Durant tous ces mois, elle avait opposé une résistance acharnée, trouvant excuses et justifications là où il n'y avait que preuves. Le rideau était maintenant tombé, brisant d'un coup le tableau qu'elle s'était créé et la laissant plus vulnérable que jamais, elle qui avait cru à tort avoir surmonté tout cela.


Les nuages crevèrent et commencèrent à déverser leur eau sur la ville, fines gouttes de pluie qui peu à peu se transformèrent en une véritable averse. Les passants pressèrent le pas, se serrant les uns contre les autres pour conserver quelque chaleur et laisser le moins d'emprise au vent, courbant le dos et rentrant la tête dans les épaules pour éviter les gouttes.
Elle, n'en avait cure. Elle continuait son chemin, insouciante de la pluie qui s'infiltrait dans ses vêtements et dégoulinait sur son front. Bien loin de la déranger, cette pluie lui faisait l'effet d'une alliée, amplifiant l'impression grandissante qu'elle avait de perdre pied et de peu à peu se noyer, submergée par les événements. Butant contre les pavés, elle laissait ses pas la mener où bon leur semblerait. Cela non plus n'avait pas d'importance.


Elle s'arrêta soudain et regarda autour d'elle. La rue était déserte, la pluie ayant fait fuir ceux qui la peuplaient encore quelques minutes auparavant. Des bribes de conversation lui parvenaient depuis les cafés environnant, couvertes par la musique et ponctuées ça et là d'un éclat de rire. Elle observa à travers une fenêtre tous ces gens insouciants, uniquement désireux de passer du bon temps, et sentit une immense lassitude l'envahir. Elle était lasse tout d'un coup de cette existence que, malgré tous ses efforts, elle ne parvenait toujours pas à contrôler. Elle se sentait comme ballotée par les vagues, luttant vainement à contre-courant jusqu'à ce que l'épuisement la contraigne à abandonner la partie.


Elle tituba et s'abattit contre le mur d'un café, posant son front contre la pierre froide. Elle s'agrippa aux briques, enfonçant ses doigts dans les jointures à s'en briser les ongles, se raccrochant à cette masse dure et solide comme à une bouée. Elle resta là à sangloter jusqu'à ce qu'elle sente une main se poser sur son épaule.
"Mademoiselle.. Que se passe-t-il? Qu'est-ce qui ne va pas?", entendit-elle une voix rocailleuse lui demander.
Elle se tourna lentement, les mains toujours en contact avec la brique derrière elle et se retrouva face à celui qui lui avait adressé la parole. C'était un homme de petite taille, appuyé sur une canne, dont les cheveux blancs parsemés de fines mèches grises attestaient de l'âge avancé. Ses yeux d'un bleu perçant, rivés sur son visage en larmes, reflétaient non pas la curiosité, mais plutôt une immense compassion, doublée d'inquiétude.


Elle posa sur lui un regard noyé, ses yeux s'accrochant à ce visage inconnu et pourtant rassurant. Doucement, elle lâcha le mur et noua ses mains, ses doigts se resserrant les uns sur les autres tel un étau. Enfin, elle entrouvrit ses lèvres tremblantes et, plongeant son regard dans le sien, prononça ces deux mots qui, seuls, lui semblaient aptes à répondre à une telle question :
"On vit".
Et elle s'enfuit en courant sous la pluie battante.


Picture : Andrzej Dragan

mercredi 29 avril 2009

Lost in between

J'ai souhaité que le temps s'arrête. Les aiguilles, signes tangibles de notre condition mortelle, ralentiraient imperceptiblement jusqu'à ne plus repartir, comme empêchées de tout mouvement par quelque lutin bien intentionné. Le vent cesserait de souffler, les oiseaux se figeraient en plein vol, tous les bruits se tairaient pour quelques secondes, quelques heures, quelques jours.
Seule, au milieu de cette scène digne des dramatisations les plus pittoresques,
je conserverais bien évidemment toutes mes facultés, juste pour souffler un moment et me débarrasser de cette fatigue accumulée, tant physique que psychique.

Les coups encaissés tout en s'efforçant de rester impassible, du moins en apparence, m'ont laissée sur les rotules.
Il est une chose de vouloir ne se soucier de rien, il en est une autre d'y parvenir. Chaque nouvelle confrontation me mine un peu plus à chaque fois, elle m'affaiblit, me faisant passer petit à petit du statut d'être humain à celui d'ombre, tout juste vivante sans être vraiment présente.
Il est temps pour moi d'opter pour ce dont j'ai besoin et non pour ce que je désire, quand bien même cela reviendrait à changer un point fondamental de ma personnalité.
Ma paix intérieure est à ce prix.

L'idée s'impose peu à peu à mon esprit, elle lutte contre les opposants qui, conservateurs, ne voient pas de raison de changer. La balance oscille, tantôt sur la gauche, tantôt sur la droite et, jour après jour, mon comportement me semble de moins en moins conséquent. Si j'ai besoin de temps pour faire ce que je veux,
j'en ai surtout besoin pour savoir ce que je veux. Encore et toujours. Problème récurrent en somme. Sans doute.
Plus j'avance, plus l'existence me semble cyclique, m'apparaissant comme une manière de mettre en application les leçons tirées des fiascos précédents. Cette fois, je m'en rends compte. Cette fois, j'en ai conscience.
Reste à faire le bon choix.

Mais contrairement à mes souhaits,
le temps ne s'arrête pas. Nul lutin ne vient au secours de mes états d'âme ni ne me permet un instant de répit. Aussi, sempiternellement, je poursuis ma route, laissant de côté mes réflexions et mes prises de conscience momentanées avec, au fond de moi, l'espoir secret qu'un jour, enfin, je comprendrai.

Picture by Gaëtan Chekaiban

mercredi 4 mars 2009

Breathless

Le temps passe.
Nul besoin d'être savant pour s'en rendre compte. Tout le monde le dit, tout le monde le sait. C'est un fait anodin que, bien souvent, on ne prend même plus la peine de remarquer. On dit "le temps passe" comme on parle de la météo. Une simple constatation, juste pour dire de meubler une conversation. Pas de quoi en faire un roman. Et pourtant, c'est sur le temps que je veux écrire aujourd'hui, c'est à son sujet que les mots me viennent et qu'il me faut apaiser mon esprit. Car s'il est une impression qui s'impose de plus en plus et qui me submerge actuellement, c'est bien la vitesse insoutenable du temps.
C'est maintenant une certitude : le temps passe vite.

Trop vite.


Il est paradoxal de se pencher sur cette vitesse temporelle sous certains rapports. Car si les heures semblent ne jamais devoir passer, les journées et les semaines, elles, ne durent qu'une seconde, s'achevant avant même qu'on ne se soit rendu compte qu'elles ont commencé. A peine a-t-on le temps de réaliser que le week-end est terminé que, déjà, un autre commence. Agréable, me direz-vous. Sans doute. Et pourtant, ce phénomène, bien plus que me réjouir, me déstabilise. Je vois les jours, les mois me filer entre les doigts sans parvenir à en capturer l'essence, sans en déterminer la raison d'être. Les jours succèdent aux jours, établissant une routine coupée ci et là par de brèves étincelles, ni plus ni moins que des faux semblants destinés à donner l'impression, un court instant, que notre existence a pris un tournant. Parfois, cela s'avère être le cas. La plupart du temps, ce n'est qu'une réminiscence, juste le temps de vivre autre chose avant de replonger dans le moule de l'humanité.

Et pourtant, face à ce temps qui passe sans que le monde ne change, j'en viens à m'interroger. Alors c'est ça la vie? Une succession de chemins tracés, un éternel recommencement sur fond de nouveauté? Des années dépourvues de sens en somme, sinon celui qu'a l'existence d'un pion sur un plateau de jeu..

Je veux plus que cela. Je veux pouvoir me retourner dans vingt, trente ans et me dire que oui, j'ai vécu, j'ai vécu ma vie telle que je la désirais, avec des éléments discordants, mais avec une harmonie d'ensemble et le sentiment de n'avoir rien raté. Je veux pouvoir contempler mon passé sans regrets, sans le désir d'y changer quelque chose. C'est idyllique, certes, impossible sûrement, mais je veux m'approcher de cet idéal jusqu'à le toucher du bout du doigt et comprendre que je n'ai pas fait que survivre dans l'attente de la fin. Je veux ce dont rêve tout un chacun. Je veux vivre avec un grand V.


Certains renoncent après quelques foulées, trop peu téméraires ou trop incertains. D'autres se perdent en chemin. Ténue est la frontière entre remord et regret. La voie que je suivrai reste à déterminer. Seules les pensées m'habitent à présent, les pensées et la conviction que la vie ne se résume pas qu'à cela. Avec toute l'innocence et l'inconscience des maigres années que je traîne derrière moi, j'ose espérer pouvoir vivre cette vie à laquelle j'aspire.
Un rêve de plus en somme. Sans doute.
Reste maintenant à déterminer l'avenir qui l'attend.