
« Attention… Plus personne ne bouge… 3, 2, 1, cheese »
CLIC
Le flash retentit et se réverbère sur les vitres, créant la sensation d’être entouré par des milliers de spots, tous convergeant vers le centre de la pièce et la scène qui s’y tient. La disposition varie peu d’un cas à l’autre. Invariablement, on retrouve ce groupe, cette masse de personnes, opposé à un élément isolé qui leur fait face. La pièce est lumineuse, le fond choisi avec soin, chaque détail minutieusement réfléchi. Tout semble parfait, de l’harmonie qui se dégage de l’image aux sourires figés sur les visages.
Le bonheur en format 10x15…
Perpétuellement, ce sont les mêmes clichés qui se reproduisent. En vacances au bord de la mer, enlacés devant la tour Eiffel, réunis devant un gâteau d’anniversaire… Les occasions varient peu. Et puis il y a ce sempiternel sourire, encore et toujours, aussi sûrement que s’il avait été dessiné par-dessus un masque. Un masque… Quel terme serait plus approprié pour définir cette mascarade que l’on appelle « photographie » ? Le temps de quelques secondes, tout ne devient qu’histoire d’apparence, de paraître et surtout, surtout, de donner cette illusion de bonheur et d’enthousiasme. Les grimaces sont éradiquées, les moues boudeuses supprimées, les larmes inconcevables. Seules échappent au tri méthodique les traces de joie et de bonne humeur. Car les photos sont les preuves laissées à la postérité que tout va bien dans le meilleur des mondes, le message crié haut et fort du « j’ai réussi, nous sommes heureux ».
Qu’importe s’il faut nous-mêmes fabriquer ces preuves !
Tout cela ne m’intéresse pas. Cent fois j’ai consulté ces mêmes albums photos, cent fois je me suis arrêtée sur les mêmes images, les mêmes scènes figées pour n’en voir que le vernis. Cela n’a plus aucun sens. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est ce qui se cache derrière. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre cette image en tant que scène, en tant que souvenir, que moment, et non plus en tant que photographie. Je veux pouvoir me plonger dans chaque image, en ressentir l’ambiance qui régnait alors, l’état d’esprit dans lequel chacun était et les événements qui s’étaient produits. Je veux reconstituer l’histoire, et non pas le moment.
Je veux comprendre la trace dans son authenticité, et non pas comme un montage.
Je tourne encore et encore les mêmes pages, ces sourires cent et cent fois revus d’un passé enfoui. Je sais ce que je ressentais. Je sais les pensées qui me traversaient et les efforts qu’il m’a fallu fournir pour sourire ou, au contraire, paraître posée et détendue le temps de la photo.
Je tourne les pages, encore et encore, passant outre les yeux rouges, effleurant au passage ces visages, parties de ma vie sans l’être vraiment.
Je sais ce que je ressentais.
Mais eux, à côté de moi, qu’est-ce qu’ils pensaient ?
1 commentaire:
Une photographie n'est rien de plus qu'un fragment de vie, si immobile, mais qui peut pourtant d'un regard vous renvoyer à de lointains souvenirs -sourires ou pas.
Cela témoigne surtout de ces "petits bonheurs" ; Ceux qui durant un bref instant vous rendent heureux : à l'anniversaire d'un proche, en vacances, ou autre, qu'importe, mais pour l'instant d'une seconde seulement, on ressente cette allégresse..
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